Grèce en ébullition : la grève contre la journée de travail de 13 heures fait trembler le système
Le pays s'embrase face à une réforme explosive du temps de travail.
Le choc des calendriers
Treize heures quotidiennes - le nouveau standard proposé déclenche un séisme social. Les syndicats crient à l'exploitation, le gouvernement défend sa compétitivité. Les rues d'Athènes vibrent au rythme des manifestations, les transports paralysés, les services publics au ralenti.
L'équation économique
Cette extension radicale du temps de travail promet de booster la productivité - sur le papier. Mais à quel coût humain ? Les employeurs saluent la flexibilité, les travailleurs dénoncent un retour au XIXe siècle. Pendant ce temps, certains investisseurs se frottent les mains - après tout, une main-d'œuvre plus disponible fait toujours monter les dividendes, même si les travailleurs doivent dormir sous leur bureau.
Le précédent européen
Cette mesure place la Grèce en marge des standards continentaux. Alors que la France teste la semaine de quatre jours, Athènes prend la direction inverse. Un pari risqué dans une Europe qui regarde cette expérience sociale avec méfiance.
La bataille des chiffres
Treize heures - le nombre fait débat. Le gouvernement argue d'une nécessaire adaptation post-crise, les opposants brandissent les études sur l'épuisement professionnel. Entre productivité et bien-être, le curseur grec pourrait bien influencer les politiques du travail bien au-delà de ses frontières.
Alors que certains fonds spéculatifs saluent déjà cette 'flexibilisation' - un joli mot pour dire qu'on peut vous faire travailler davantage pour moins cher - la rue, elle, a choisi son camp. Et il n'est pas du côté des actionnaires.
Manifestation dans les rues de Thessalonique, en Grèce, lors d'une grève générale de 24 heures, le 1er octobre 2025 ( Sakis Mitrolidis / AFP )
La Grèce se retrouve quasiment à l'arrêt mercredi en raison d'une grève générale pour protester contre le projet du gouvernement conservateur d'instaurer la possibilité d'une journée de travail de 13 heures.
Depuis minuit (21H00 GMT) et pour 24 heures, les transports, notamment les trains et les ferries reliant le continent aux îles, sont particulièrement perturbés, tout comme les métros et bus à certaines heures de la journée.
Les enseignants, les personnels hospitaliers et les fonctionnaires cessent également le travail à l'appel de la Confédération des travailleurs grecs (GSEE) et de la Confédération des fonctionnaires (ADEDY).
Des manifestations sont prévues dans tout le pays, dont Athènes, pour dénoncer cette réforme voulue par le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis qui, selon la GSEE, "met directement en danger la santé et la sécurité des travailleurs et détruit tout équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle".
Economie fragile
Défendu par la ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Niki Karameos, le projet de loi, qui n'a pas encore été soumis au Parlement, prévoit notamment que, sous certaines conditions, un employé puisse travailler 13 heures par jour, et pour un seul employeur.
Dans un pays où l'économie s'est redressée depuis la crise financière mais reste fragile, cette possibilité existe déjà mais uniquement si un employé dispose de deux employeurs ou plus.

Le Premier ministre, au pouvoir depuis 2019, a assuré que de nombreux jeunes souhaitaient travailler plus pour gagner davantage.
"Nous garantissons une liberté de choix tant pour l'employeur que pour le salarié. Pourquoi cela serait-il antisocial?", a-t-il lancé lors de la Foire internationale de Thessalonique (nord) début septembre.
La ministre du Travail a également insisté sur le caractère "exceptionnel" de la journée de 13 heures qui, en aucun cas, ne sera généralisée, selon elle.
"Il s'agit d'une disposition (...) valable jusqu'à 37 jours par an (...) uniquement avec l'accord du salarié et avec une rémunération majorée de 40%", a-t-elle insisté sur la chaîne de télévision Mega, avant cette grève.
Malgré la diminution du chômage et une croissance soutenue (+2,3% en 2024 selon la Commission européenne), les bas salaires demeurent le talon d'Achille de l'économie et l'une des préoccupations majeures des Grecs, avec la cherté de la vie.
Le salaire minimum, quoique revalorisé, atteint 880 euros par mois.
"A la poubelle"
Dans une lettre adressée à la ministre de la Nouvelle-Démocratie (ND, droite), la GSEE juge que cette réforme va "démanteler même les limites minimales de protection" des employés.
Le syndicat PAME, proche du Parti communiste, a promis que ce projet de loi "irait à la poubelle" et fustigé la mise place d'un "esclavage moderne" pour des salariés "contraints de survivre avec des horaires inhumains et des salaires de misère".

L'organisation dénonce aussi "une dérégulation impitoyable qui progresse rapidement" en Grèce depuis la crise financière.
Le Parlement n'a pas encore inscrit à son calendrier l'examen de ce projet de loi, selon le service de presse.
En Grèce, le temps de travail hebdomadaire, de 39,8 heures, est supérieur à la moyenne des 27 pays de l'Union européenne (35,8 heures), selon Eurostat.
Il cache aussi de fortes disparités.
Dans le secteur touristique, au "pic" de la saison, serveurs, cuisiniers enchaînent les journées à rallonge parfois sans le moindre repos hebdomadaire.
La durée légale du temps de travail quotidien en Grèce est de huit heures par jour avec la possibilité d'effectuer des heures supplémentaires, rémunérées.
Le pays a déjà instauré la possibilité d'une semaine de travail de six jours notamment en cas de forte demande dans un secteur, comme le tourisme.
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