Iran 2026 : La mobilisation tient bon, le pays toujours plongé dans le black-out numérique
Alors que les manifestations se poursuivent sans faiblir, l'Iran entre dans une nouvelle semaine de coupure internet quasi-totale. Une stratégie d'étouffement de l'information qui, paradoxalement, pourrait forger une nouvelle génération de citoyens experts en contournement numérique.
Les réseaux en mode survie
Face au black-out imposé, la population se tourne vers les VPN, les réseaux mesh et les protocoles décentralisés. Une course à l'innovation dans l'ombre, où chaque mégaoctet qui passe devient une victoire. Les autorités bloquent, les utilisateurs contournent – un cycle sans fin qui teste les limites de la censure centralisée.
L'économie à l'arrêt, sauf une
Les transactions bancaires traditionnelles sont paralysées, le commerce en ligne à l'arrêt. Pourtant, dans les poches numériques, une activité résiste : les cryptomonnaies. Les stablecoins, en particulier, deviennent une bouée de sauvetage pour les échanges de base. Une ironie amère pour un régime qui voulait tout contrôler, mais qui a involontairement boosté l'adoption d'un système financier qu'il ne peut pas saisir. Les banques centrales peuvent couper le SWIFT, mais elles ne peuvent pas arrêter un portefeuille Bitcoin – une leçon coûteuse que même les régulateurs les plus stricts commencent à digérer, entre deux rapports sur la « stabilité financière ».
Cette paralysie numérique forcée ne fait qu'accélérer une évidence : dans un monde hyperconnecté, couper internet revient à couper l'oxygène économique. Et quand les tuyaux officiels sont fermés, les flux décentralisés, eux, trouvent toujours un chemin.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 octobre 2025 à Téhéran ( - / KHAMENEI.IR/AFP/Archives )
De nouvelles manifestations ont secoué dans la nuit les grandes villes en Iran, coupé du monde par un blocage d'internet, dans une mobilisation inédite depuis trois ans malgré les menaces de répression du pouvoir.
"Les Etats-Unis soutiennent le courageux peuple iranien", a écrit samedi sur X le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, alors que des ONG ont signalé des dizaines de morts depuis le début du mouvement fin décembre.
La République islamique fait face avec cette contestation à l'un de ses plus grands défis depuis sa mise en place en 1979. Le fils de l'ancien chah, alors renversé, et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi, a appelé les Iraniens à "se préparer à prendre" les centres-villes.
Il a exhorté les manifestants "à descendre tous dans la rue" samedi et dimanche en fin de journée, "afin d'occuper l'espace public".
Samedi, le pays restait privé d'internet depuis 36 heures à la suite d'une coupure imposée par les autorités sur l'ensemble du territoire face à la mobilisation, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks."Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n'aurait cru possible il y a encore quelques semaines", a lancé vendredi Donald Trump, estimant que l'Iran avait "de gros problèmes".
La veille, il avait réitéré ses menaces de "frapper très fort" le pays en cas de vague de répression meurtrière, saluant "l'enthousiasme" des Iraniens "pour renverser ce régime".
Le président américain a toutefois jugé prématuré que Reza Pahlavi endosse le rôle de dirigeant, alors que le fils du chah s'est dit prêt à "rentrer dans son pays natal" dans un avenir "très proche".
Craintes d'un "massacre"
Peu d'informations filtraient samedi du pays.
La lauréate du prix Nobel de la Paix 2003, l'avocate iranienne en exil Shirin Ebadi, a dit redouter un "massacre sous le couvert d'un black-out total". Elle s'est notamment alarmée d'informations faisant état de raids des forces de sécurité dans les hôpitaux contre des manifestants blessés.

L'ONG Amnesty International a dit analyser des éléments semblant montrer une intensification de la répression ces derniers jours.
Depuis le début le 28 décembre de la contestation, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués et des centaines d'autres blessés, a dénombré vendredi l'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.
Après une montée en puissance du mouvement jeudi, de nouvelles manifestations de masse ont secoué Téhéran et d'autres grandes villes dans la nuit, selon des images vérifiées par l'AFP, probablement diffusées sur les réseaux sociaux via des moyens satellitaires.
Dans le quartier de Saadatabad à Téhéran, des Iraniens tapaient sur des casseroles en scandant des slogans anti-gouvernementaux, notamment "Mort à Khamenei", du nom du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, tandis que des voitures klaxonnaient en signe de soutien.
Et des chaînes de télévision en persan basées à l'étranger ont diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l'est, à Tabriz, dans le nord, et dans la ville sainte de Qom.
Selon une autre vidéo, que l'AFP n'a pas pu authentifier dans l'immédiat, un homme brandit un drapeau iranien de l'époque du chah, représentant un lion et un soleil, au milieu de feux et d'une foule dansant dans la ville de Hamedan (ouest).
"Liberté"
Dans un discours offensif, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avait averti vendredi que son pays ne "reculerait pas" face à la contestation.
Les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont jugé la situation "inacceptable", promettant de protéger la Révolution islamique. Et le pouvoir judiciaire a prévenu que la punition des "émeutiers" serait "maximale".
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé les Etats-Unis et Israël d'ingérence dans le mouvement de contestation, tout en jugeant "peu probable" une intervention militaire étrangère.
Le département d'Etat américain a qualifié ces allégations de "tentative délirante de détourner l'attention".
Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.
Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l'ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Les réactions ont afflué vendredi dans le monde pour condamner l'usage excessif de la force contre des "manifestants pacifiques", de Berlin à Ottawa, en passant par l'UE et l'ONU.
"Nous nous battrons jusqu'à ce que nous obtenions la liberté", assurait cette semaine une trentenaire, interrogée par des journalistes de l'AFP hors d'Iran.
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