Sébastien Delogu, candidat LFI à Marseille, jugé en juin pour diffusion de documents privés volés - Un scandale qui secoue la politique locale
Le procès de Sébastien Delogu s'ouvre ce mois-ci - et il pourrait bien redéfinir les frontières entre activisme politique et cybercriminalité.
Les faits
L'affaire remonte à plusieurs mois, quand des documents confidentiels ont fuité dans l'espace public. La justice accuse le candidat LFI de Marseille d'en avoir orchestré la diffusion. Les procureurs parlent de vol, de violation de la vie privée, et de manipulation de l'opinion à quelques mois seulement des échéances électorales.
L'argument de la défense
L'équipe de Delogu se défend en invoquant le droit à l'information. Ils brandissent l'étendard de la transparence, arguant que ces révélations servaient l'intérêt public - une justification qui rappelle étrangement certaines fuites financières, sauf qu'ici, les seuls cours manipulés sont ceux de la popularité politique.
Les implications
Ce procès teste les limites légales de l'activisme numérique. Si la condamnation tombe, elle créera un précédent pour tous les lanceurs d'alerte politiques. À l'inverse, un acquittement pourrait être interprété comme un feu vert pour de futures opérations similaires.
Le verdict, attendu dans les prochaines semaines, ne se contentera pas de juger un homme - il établira où commence, et où s'arrête, la légitimité de la transparence radicale en démocratie.
Le député et candidat LFI aux municipales Sébastien Deloglu lors d'un meeting le 6 décembre 2025 à Marseille ( Miguel MEDINA / AFP/Archives )
À deux mois d'un premier tour indécis à Marseille, la campagne pour les municipales du candidat Insoumis Sébastien Delogu est bousculée par l'annonce de son procès en juin pour diffusion de documents privés volés d'un entrepreneur en marge d'un conflit social.
Il ne sera cependant jugé qu'après les élections: le 9 juin devant le tribunal correctionnel de Marseille pour "recel de biens provenant d'un vol", "divulgation d'informations personnelles permettant d'identifier ou localiser une personne et exposant un risque direct d'atteinte à la personne" et "d'atteinte au secret des correspondances", a-t-on appris auprès du parquet de Marseille, confirmant une information du Parisien.
Contacté par l'AFP, M. Delogu, auditionné en mai 2025 par des enquêteurs pendant près de trois heures sur ce sujet et dont les locaux avaient été perquisitionnés, n'a pas pu être joint dans l'immédiat.
L'affaire remonte à septembre 2024 lorsque le turbulent député des quartiers Nord avait apporté son soutien à des salariés grévistes d'une société privée de nettoyage du métro et de la gare Saint-Charles de Marseille.
Le 19 septembre 2024, plusieurs salariés dont des syndicalistes CGT, qui se plaignaient notamment de ne pas percevoir l'intégralité de leurs salaires, avaient pénétré dans le bureau d'Isidore Aragones, éphémère président du conseil d'administration de Laser Propreté du 12 septembre à début octobre 2024.
Mail à l'armée israélienne
Une pochette contenant des documents privés de cet avocat à la retraite et ex-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) de Marseille avait alors été dérobée.
Cinq jours plus tard, le 24 septembre 2024, Sébastien Delogu diffusait sur son compte Instagram, fort aujourd'hui de 445.000 abonnés, "une grande partie des documents dérobés à Isidore Aragones, évoquant ses liens avec l’État d'Israël, ainsi que ses projets financiers personnels, et en précisant que des gens bienveillants les leur avaient transmis", avait détaillé en mai le parquet.
Il lui est reproché d'avoir "sciemment recelé" des documents privés dont "un mail envoyé par Isidore Aragones à un haut responsable de l'armée israélienne concernant l'organisation de la venue d'une délégation française en Israël" et d'autres concernant un voyage au Brésil ou une vente aux enchères de biens immobiliers, a précisé une source proche du dossier à l'AFP.
"Dans le contexte (du conflit au Proche-Orient, NDLR), c'est ma vie qu'il a exposée, et il m'a exposé à un danger réel, à un grave danger", avait alors témoigné M. Aragones auprès de l'AFP. Réinterrogé vendredi, il n'a pas souhaité réagir à ce stade de la procédure.
L'avocat de M. Delogu, Me Yones Taguelmint, dit se poser "la question du timing de l'annonce publique de cette information (...) Ça sort aujourd'hui, alors qu'il y a une rentrée politique et qu'on reprend une campagne électorale et municipale en ce début d'année", souligne-t-il, affirmant "être au courant de cette convocation" depuis "quelques semaines".
Sur le fond, il assure que son client "n'avait pas connaissance de l'origine frauduleuse de ces documents".
Sébastien Delogu, 38 ans, qui avait gagné en popularité en brandissant en 2024 un drapeau palestinien à l'Assemblée nationale, ce qui lui avait aussi coûté 15 jours d'exclusion du Parlement, avait été condamné en février 2025 à 5.000 euros d'amende pour violences envers deux cadres de l’Éducation nationale lors d'un blocus lycéen en 2023 en marge du mouvement contre la réforme des retraites. Des faits qu'il conteste sans avoir fait appel.
Il avait annoncé mi-décembre se lancer avec la seule étiquette LFI à l'assaut de la deuxième ville de France, avec pour ambition de succéder au maire sortant et probable candidat à sa propre succession, le divers gauche Benoît Payan, qui a réuni derrière lui les autres partis de gauche.
Dans les derniers sondages, le trio de tête composé de M. Payan, de la candidate de la droite et du centre Martine Vassal et de l'extrême droite, le RN Franck Allisio sort au coude-à-coude, M. Delogu arrivant en 4e position.
dac-alc-tgg-ll/san/abl
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