Paris revendique "le droit" de s’opposer à Washington — Un nouveau front géopolitique s’ouvre
Les alliances vacillent, les vieux partenaires se regardent en chiens de faïence. Paris tire un trait dans le sable diplomatique, affirmant une souveraineté qui ne pliera plus.
Le droit de dire non
Ce n'est pas une simple divergence d'opinion. C'est une doctrine. Un repositionnement stratégique où l'alignement automatique cède la place au calcul national. Les couloirs du Quai d'Orsay bruissent d'une détermination froide, prête à contester l'hégémonie établie.
Les conséquences en cascade
Les marchés détestent l'incertitude, et celle-ci est géopolitique, pure et dure. Les accords commerciaux, les flux d'investissement, la sécurité collective — tout est remis à l'épreuve. Une seule déclaration suffit à faire trembler les indices, rappelant cruellement que les fondamentaux économiques sont souvent à la merci d'un communiqué de presse.
Un monde multipolaire en action
L'ère des blocs monolithiques est révolue. Chaque nation recalibre ses alliances selon ses intérêts, créant un échiquier plus complexe et volatil. Pour les investisseurs, cela signifie une couche de risque supplémentaire à priced in — un beau casse-tête pour ceux qui pensaient que la géopolitique se négociait comme une option.
Alors que les diplomates ajustent leurs positions, une vérité subsiste : dans le grand casino des relations internationales, même les partenaires les plus fiables peuvent décider de quitter la table. Et personne ne sait vraiment qui paiera l'addition.
Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot s'exprime devant les ambassadeurs français le 9 janvier 2026 à Paris ( Ludovic MARIN / POOL/AFP )
Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a revendiqué vendredi "le droit" des Européens "de dire non" à leur allié historique américain lorsque celui-ci agit d'une manière qu'ils jugent inacceptable.
Dans son discours annuel devant les ambassadeurs français, Jean-Noël Barrot a souligné ce qu'il a qualifié de "fait marquant" en ce début d'année: la dissonance avec "les États-Unis d'Amérique, un peuple avec lequel nous, Européens et plus encore, nous Français, avons une histoire longue et singulière, forgée dans les guerres et les révolutions communes".
"En quelques mois, la nouvelle administration américaine a décidé, et c'est son droit, de repenser les liens qui nous unissent", a-t-il pris acte. "C'est aussi notre droit de dire non à un allié historique, tout aussi historique soit-il, lorsque sa proposition n'est pas acceptable et lorsqu'il faut dire non".
Cette semaine, plusieurs pays du Vieux Continent dont la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont publié une déclaration commune de soutien au Groenland et au Danemark, face aux revendications de Donald trump sur ce territoire rattaché au Danemark.

Avant cela, le 3 janvier, Jean-Noël Barrot avait publiquement condamné la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par l'armée américaine, critiquant une opération qui "contrevient" au droit international.
Il avait néanmoins également reproché à M. Maduro, au pouvoir depuis 2013, d'avoir porté "une atteinte grave à (la) dignité et (au) droit à l'auto-détermination" des Vénézuéliens.
Vendredi, le ministre des Affaires étrangères a en outre réfuté l'analyse selon laquelle l'Europe risque "un effacement civilisationnel", comme écrit dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée en décembre.
"Non, l'Europe n'est pas au bord de l'effacement civilisationnel et les voix présomptueuses qui le prétendent feraient mieux de prendre garde à leur propre effacement", a rétorqué le ministre français.
Pour autant, a-t-il analysé, l'Union européenne est "menacée de l'extérieur par des adversaires qui tentent de détricoter les liens de solidarité qui nous unissent" et "de l'intérieur par la lassitude démocratique".
"En ordre de bataille"
Pour y remédier, Jean-Noël Barrot a appelé à amplifier la voix de la France, attaquée parce qu'elle dérange "l'internationale réactionnaire" allant "des couloirs du Kremlin au cercle MAGA" (Make America Great Again, ndr) entourant le président américain.
"Elle dérange les autocrates et les régimes dits libéraux. Elle dérange les oligarchies corrompues, les révisionnistes et les complotistes de tout bord qui nous ont déclaré la guerre dans le champ des perceptions", a-t-il poursuivi. Avec un objectif clair "de saper la confiance des Français dans leurs institutions, saper la concorde nationale et saper l'unité européenne".

Jean-Noël Barrot a assuré avoir mis "le Quai d'Orsay en ordre de bataille, avec le soutien du Premier ministre" Sébastien Lecornu pour organiser la riposte, notamment dans le champ informationnel.
Le ministre a enfin promis "une coordination nouvelle" entre ministère des Affaires étrangères et ministère de l'Intérieur pour mieux répondre à l'attente des Français en matière d'immigration, un sujet récurrent, en particulier à l'approche des municipales de mars.
Un sujet sur lequel Donald Trump attaque régulièrement l'Europe, lui reprochant d'accueillir trop d'immigrés.
"Nos compatriotes attendent que nos frontières soient maîtrisées. Oui, nous gagnons à accueillir des travailleurs, des créateurs, des innovateurs étrangers", a déclaré Jean-Noël Barrot aux ambassadeurs.
Mais "lorsqu'une personne ne dispose pas ou qu'elle ne dispose plus du droit de séjourner sur le territoire national, elle doit être reconduite à nos frontières", a-t-il ajouté.
"Le premier niveau de réponse à cette attente légitime" est la résolution des tensions géopolitiques qui font fuir les populations de leurs pays d'origine, a-t-il dit.
Il a salué l'adoption au niveau européen du Pacte sur la migration et l'asile qui entrera en vigueur cette année et qui va, selon lui, "changer la donne".
"Mais nous devons aller plus loin encore et nous ne pouvons le faire qu'en lien étroit avec le ministère de l'Intérieur", a-t-il insisté.
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