Kroger cède Vitacost.com à iHerb : un repli stratégique qui fait jaser

La grande distribution américaine lâche du lest dans l'e-commerce santé. Kroger, le géant des supermarchés, vient de se séparer de sa filiale en ligne Vitacost.com, cédée au spécialiste mondial iHerb. Une opération qui sent bon le recentrage sur le cœur de métier – et peut-être un aveu d'échec discret face à la férocité du marché en ligne.
Le jeu des chaises musicales dans le retail
Vitacost, rachetée en 2014, n'aura finalement pas été le tremplin digital espéré par Kroger pour rivaliser avec les pure players. La plateforme de vente de vitamines, compléments alimentaires et produits naturels rejoint désormais le portefeuille d'iHerb, déjà poids lourd du secteur avec une présence dans plus de 180 pays. Pour Kroger, c'est l'occasion d'alléger sa structure et de rediriger ses ressources – probablement vers sa guerre des prix contre Walmart et Amazon en magasin physique.
Une logique financière implacable (et un peu cynique)
Dans le grand livre de la gestion d'entreprise, se débarrasser d'un actif qui ne « scale » pas assez vite est souvent salué par les analystes. Ça booste les ratios à court terme, ça simplifie le message aux investisseurs. Une belle opération de « trim the fat », comme ils disent à Wall Street – même si, parfois, on jette un peu de muscle avec le gras. La vraie question reste : qui, de Kroger ou d'iHerb, a fait la meilleure affaire ? Les marchés le diront, avec leur élégante habitude de récompenser la concentration aujourd'hui, et de punir le manque de diversification demain.
L'épicerie en ligne, un champ de bataille loin d'être gagné.
Cette cession rappelle une évidence : conquérir le digital demande plus qu'un chéquier. Cela nécessite une agilité, une culture et une expertise logistique que les retailers traditionnels peinent parfois à intégrer. Kroger choisit de se renforcer sur ses bastions. iHerb, de son côté, consolide son empire niche. Dans le paysage fracturé du e-commerce santé, la consolidation est en marche – et les survivants seront ceux qui maîtrisent à la fois les volumes et la spécialisation.