Tragédie en Manche : deux migrantes perdent la vie lors d’une traversée périlleuse
La Manche devient le théâtre d'un drame humain insoutenable.
Deux vies brisées par l'urgence migratoire
Alors que les politiques frontalières se durcissent, des individus continuent de risquer l'impossible. Deux femmes ont payé de leur vie cette tentative désespérée - un rappel cruel que la valeur d'un passage sécurisé dépasse souvent les moyens des plus vulnérables.
Le calcul risqué de la traversée
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le canal le plus fréquenté du monde devient aussi le plus meurtrier pour ceux qui n'ont pas les 0,05 BTC nécessaires pour une migration légale. Une amère ironie dans un monde où les frontières numériques s'effacent plus vite que les physiques.
La véritable crise des valeurs
Pendant que les stablecoins franchissent les frontières en quelques clics, des vies humaines s'éteignent dans l'indifférence générale. Le contraste saute aux yeux : la finance décentralisée promet la liberté, mais laisse pour compte ceux qui en ont le plus besoin.
Des migrants embarquent à bord d'un bateau pour tenter une traversée de la Manche le 19 septembre 2025 au large de la plage de Gravelines ( Sameer Al-DOUMY / AFP/Archives )
Deux femmes sont décédées dans la nuit de vendredi à samedi lors d'une tentative de traversée clandestine de la Manche au sud de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, a appris l'AFP des autorités.
Le drame s'est produit à hauteur de Neufchâtel-Hardelot alors que près d'une centaine de migrants tentaient de prendre la mer sur une embarcation de fortune, a déclaré à l'AFP la sous-préfète de Montreuil-sur-Mer, Isabelle Fradin-Thirode.
Une soixantaine de personnes ont été prises en charge par la protection civile, les autres s'étant dispersées avant l'arrivée des secours, a-t-elle précisé.
Trois personnes en hypothermie légère, un couple et leur enfant, ont par ailleurs été transportées "très rapidement" à l'hôpital de Boulogne-sur-Mer, a ajouté la sous-préfète.
Cela porte à au moins 25 le nombre de personnes décédées au cours de ces tentatives de traversées clandestines de la frontière franco-britannique depuis le début de l'année, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles.
Plus de 500 migrants ont péri dans la Manche depuis 1999, selon des associations.
Dans la nuit du 9 au 10 septembre, trois migrants sont morts, vraisemblablement écrasés au fond d'une embarcation partie de Sangatte, près de Calais. Le préfet du Pas-de-Calais, Laurent Touvet, avait alors également mentionné trois migrants probablement disparus en mer dans un autre secteur durant la même nuit.
Vendredi, une équipe de l'AFP à Gravelines (Nord) avait constaté que plusieurs centaines de migrants se déplaçaient vers le littoral, s'apprêtant à tenter des départs vers le Royaume-Uni depuis différents endroits à la faveur d'une fenêtre météo favorable.
"Si je reste ici, je suis mort"
Ces traversées très périlleuses se font sur des embarcations de fortune de quelques mètres de long, surnommées "small boats", souvent surchargées et dont les départs sont régulièrement chaotiques.
Malgré le renforcement régulier des moyens français pour empêcher ces traversées - avec un soutien financier conséquent du Royaume-Uni - ces départs ne faiblissent pas, bien au contraire: plus de 32.000 personnes sont parvenues à rejoindre les côtes britanniques depuis le début de l'année, un record.
Sous la pression notamment de l'extrême droite, le gouvernement britannique travailliste a conclu un accord migratoire avec Paris cette année, entré en vigueur depuis août, prévoyant le retour en France de migrants entrés illégalement au Royaume-Uni en échange de l'envoi dans le sens inverse de personnes pouvant prétendre à une régularisation, sur le principe du "un pour un".
De premiers échanges de quelques personnes entre Paris et Londres dans le cadre de ce nouvel accord ont eu lieu ce mois-ci.
Mais ce dispositif, très critiqué par les ONG et s'exposant à des recours en justice, n'a pour l'instant qu'une portée essentiellement symbolique.
Il ne dissuade guère les candidats à l'exil de tenter de traverser la Manche, eux qui ont déjà souvent vécu tant d'autres épreuves avant d'arriver si près de leur but ultime.
Plusieurs migrants rencontrés par l'AFP plus tôt cette semaine dans le camp précaire de Loon-Plage, près de Dunkerque (Nord), étaient ainsi sur la même longueur d'onde.
Saad, un Palestinien d'Irak de 30 ans, résumait le mieux la mentalité ambiante à Loon-Plage: "Si je reste ici, je suis mort. Et si je rentre chez moi, je suis mort".
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