La Chine pulvérise les records avec 870 milliards de yuans d’obligations offshore

Le yuan s'exporte, et massivement. Les marchés offshore viennent d'absorber un tsunami de dette chinoise, marquant une étape clé dans l'internationalisation de la monnaie.
Une stratégie de diversification agressive
Face aux tensions géopolitiques et aux sanctions, Pékin construit méthodiquement des alternatives au système financier dominé par le dollar. Émettre de la dette en yuan hors de ses frontières n'est pas qu'une opération de financement ; c'est un coup de projecteur sur la crédibilité croissante de sa devise à l'étranger. Les investisseurs institutionnels, en quête de rendement et de diversification, semblent répondre présents.
Les implications pour la finance globale
Cette manne de 870 milliards de yuans injecte une liquidité profonde sur les places offshore comme Hong Kong. Elle offre aux entreprises et aux États un nouvel outil de financement en dehors des canaux traditionnels. À terme, cela pourrait remodeler les flux de capitaux et offrir une réelle concurrence aux obligations libellées en dollars ou en euros. Une petite musique qui, pour une fois, ne parle pas de dévaluation mais d'expansion.
Un pied de nez discret au statu quo monétaire, et une leçon pour ceux qui pensent que la finance décentralisée est la seule à pouvoir contourner les anciennes portes de la finance. Parfois, les États savent très bien jouer le jeu de la disruption.
Les émetteurs sécurisent leurs financements à long terme à mesure que la confiance dans le yuan se renforce.
Les faibles taux d'intérêt en Chine ont été l'un des principaux moteurs de l'essor des émissions obligataires. Les emprunteurs ont pu obtenir des titres de créance en yuans offshore à un coût nettement inférieur à celui des financements dans les principales devises mondiales, ce qui a incité les émetteurs chinois et étrangers à investir ce marché.
La pression s'est particulièrement fait sentir sur les obligations à long terme. Cette année a vu l'émission d'un nombre record de 152 obligations à court terme (dim sum) d'une durée d'au moins 10 ans, soit près du double du nombre émis à la même période l'an dernier. Cette tendance témoigne d'une confiance accrue dans la stabilité à long terme et l'attrait du yuan en tant que monnaie de réserve.
Quelques émetteurs de renom ont contribué à faire chuter le marché à de nouveaux planchers. Le fonds souverain singapourien Temasek Holdings, l'assureur mondial Chubb Ltd. et le géant technologique chinois Tencent Holdings ont tous émis des obligations libellées en yuans à 30 ans. Cette échéance était rare sur le marché obligataire. Leur participation a renforcé la confiance des investisseurs et élargi le public du marché.
L'écart de taux d'intérêt en faveur du yuan persiste. Le rendement des obligations d'État chinoises à 10 ans s'établit à environ 1,84 %, soit nettement moins que les 4,16 % environ des bons du Trésor américain comparables. De nombreux émetteurs souhaitent profiter de ces taux bas, et les économistes estiment qu'ils parient sur une amélioration des perspectives économiques de la Chine au cours des prochaines années, ce qui devrait rendre les coûts de financement moinstracpour un certain temps.
La faiblesse du dollar et les mesures de soutien politique alimentent une demande soutenue
Les fluctuations des taux de change ont encore stimulé la demande d'obligations offshore en yuan. Le yuan s'est apprécié au cours de l'année, le dollar américain ayant perdu environ 3,9 % de sa valeur face à la devise chinoise jusqu'au début de 2025, mettant ainsi fin à trois années consécutives de hausse. Cette situation a incité les investisseurs à réorienter leurs portefeuilles et à y intégrer davantage d'actifs libellés en yuan. Les entreprises chinoises s'efforcent également de restructurer leur dette.
Confrontées à des taux d'intérêt américains élevés, les entreprises tentent de refinancer leurs dettes libellées en dollars en empruntant en yuans. Cette stratégie permet de réduire leurs coûts d'emprunt et de se prémunir contre les fluctuations du taux de change. Toutefois, même si cette situation n'est plus forcément la norme, les entreprises chinoises restent fortement endettées en devises étrangères. L'encours mondial des obligations libellées en dollars américains s'élève à environ 750 milliards de dollars ; près d'un tiers de ces obligations arrivent à échéance dans les deux prochaines années.
Par ailleurs, la nécessité de refinancer cette dette engendre une demande soutenue d'émissions en yuans offshore. De nouveaux emprunteurs souverains et quasi-souverains ont également été attirés par ce marché. Des obligations en yuans offshore ont été émises cette année par l'Indonésie et la Banque de développement du Kazakhstan, diversifiant ainsi les émetteurs et conférant au yuan un rôle plus important dans la finance transfrontalière.
En juillet, la Banque populaire de Chine et l'Autorité monétaire de Hong Kong ont étendu le programme Southbound Bond Connect aux institutions financières non bancaires, telles que les sociétés de gestion de fonds, les assureurs et les sociétés de courtage. Les autorités de régulation envisagent également d'augmenter les quotas d'investissement, ce qui pourrait stimuler la demande et la liquidité.
Des défis subsistent, notamment la faible liquidité des marchés et le manque d'options de couverture telles que les swaps de devises. Néanmoins, tron ferme, une tron des émetteurs et une recherche mondiale de substituts aux actifs libellés en dollars créent les conditions d'une croissance soutenue, selon les analystes.
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