GENIUS Act : Les banques américaines déclarent la guerre aux stablecoins devant le Congrès

Le paysage financier tremble sous les assauts des géants bancaires. Les stablecoins, ces cryptomonnaies adossées à des actifs stables, sont dans le collimateur du GENIUS Act. Et le Congrès américain est le champ de bataille.
Les banques traditionnelles veulent reprendre le contrôle. Après des années à ignorer—voire mépriser—la révolution crypto, elles brandissent désormais le drapeau de la régulation. Comme par hasard, au moment où les stablecoins menacent leur monopole sur les paiements.
Washington sous pression. Les lobbyistes bancaires arpentent les couloirs du Capitole, sermonnant sur les « risques systémiques ». Traduction : ces jetons stables drainent des milliards hors de leur système—et ça leur fait mal au portefeuille.
Le coup de génie ? Le GENIUS Act serait en réalité un cheval de Troie. Sous couvert de « protéger les consommateurs », il pourrait asphyxier l'innovation... et préserver les frais bancaires exorbitants. Quelle surprise.
La charge de la vieille finance
Tel qu’elle a été promulguée, la loi interdit aux émetteurs de stablecoins de payer un rendement direct à leurs utilisateurs. Mais il ne couvre pas les plateformes tierces ou services affiliés, ouvrant la voie à des partenariats inédits. PayPal et Coinbase s’y sont d’ailleurs, déjà engouffrés avec des programmes de récompense pour les détenteurs de leurs stablecoins. Selon les banques, ce vide juridique pourrait siphonner jusqu’à 6 600 milliards de dollars des dépôts traditionnels. Un chiffre qui provient des projections du département du Trésor.
Un risque systémique pour le crédit américain
Il faut reconnaître que l’inquiétude est bien réelle. Une adoption massive des stablecoins à rendement pourrait provoquer une fuite des dépôts bancaires en période de crise. Les banques rappellent que les stablecoins fonctionnent sur des mécanismes bien différents des dépôts réglementés ou des fonds monétaires. En effet, ceux-ci ne reposent pas sur des activités génératrices de revenus comme les prêts ou l’investissement en titres.
En conséquence, une situation laissée en l’état reviendrait à moins de capital disponible pour financer les ménages et les PME, hausse des taux d’intérêt, et contraction de l’offre de crédit. L’effet serait grave, préviennent les signataires, évoquant un risque direct pour la croissance économique.
La mécanique des rendements en ligne de mire
Le marché des stablecoins, estimé à 280 milliards de dollars aujourd’hui, pourrait dépasser 2 000 milliards d’ici 2028 selon le Trésor américain. Deux acteurs en dominent largement le marché. D’un côté, Tether (USDT) avec 165 milliards de capitalisation, et de l’autre, usd coin (USDC) avec 66,4 milliards.
Dans cet univers, les offres de rendement sont devenues un argument marketing clé. Certaines plateformes comme Coinbase ou Kraken proposent des récompenses aux détenteurs qui stockent leurs stablecoins chez elles. Ces paiements ne sont pas officiellement qualifiés « d’intérêts » mais fonctionnent de façon similaire. C’est donc une concurrence directe avec les dépôts bancaires mais qui est bien plus rémunératrice.
Brian Armstrong, PDG de Coinbase, l’a rappelé à ses actionnaires : Nous ne payons pas d’intérêts ou de rendements, nous récompensons. Une nuance sémantique qui, pour les banques, ne change rien à la problématique.
Le bras de fer réglementaire
Les institutions financières demandent que le GENIUS Act soit étendu aux « services tiers ou affiliés », de façon à inclure les plateformes d’échange et autres intermédiaires. L’objectif : empêcher toute rémunération, directe ou indirecte, qui ferait du stablecoin autre chose qu’un simple instrument de paiement stable.
En face, plusieurs géants de la crypto contestent cette vision, arguant que ces programmes de récompense ne sont pas assimilables à des dépôts rémunérés, et qu’ils participent à l’adoption et à l’innovation dans les paiements numériques.
Le débat qui s’ouvre au Congrès pourrait façonner l’avenir des stablecoins aux États-Unis. Si les banques obtiennent gain de cause, le marché pourrait voir disparaître une partie des incitations qui ont contribué à son expansion rapide. Dans le cas contraire, la finance traditionnelle pourrait se retrouver confrontée à un concurrent capable d’attirer massivement la liquidité des dépôts, avec des effets en cascade sur l’économie.