Exclusif : 17,5 milliards de dollars de titres menacés d’exclusion des fonds UCITS sous pression réglementaire européenne
Bruxelles serre la vis sur les fonds UCITS—les gestionnaires doivent revoir leurs stratégies d'investissement face à de nouvelles exigences de transparence.
Les actifs concernés
Près de 17,5 milliards de dollars d'instruments financiers pourraient être retirés des portefeuilles UCITS. Les régulateurs européens ciblent les produits opaques et les structures complexes qui pourraient exposer les investisseurs particuliers à des risques mal évalués.
Impact marché
Les gestionnaires d'actifs anticipent déjà des réallocations massives—les liquidités devraient affluer vers des produits plus standardisés et des actifs numériques émergents. Une aubaine pour les cryptos face aux traditionnels qui se prennent les pieds dans le tapis réglementaire.
Le grand jeu de la conformité
L'ESMA joue les gardiens du temple pendant que les fonds cherchent frénétiquement des alternatives. Comme si empiler les couches réglementaires suffisait à protéger les investisseurs… surtout quand les vrais risques se cachent souvent là où personne ne regarde.
En bref
- L’ESMA recommande d’exclure les catastrophe bonds des fonds UCITS, jugeant ces actifs trop complexes pour les investisseurs particuliers.
- Environ 17,5 milliards de dollars sont directement menacés, représentant près d’un tiers du marché global des cat bonds.
- Une décision européenne défavorable pourrait entraîner une vague de ventes forcées, avec des effets potentiellement déstabilisateurs sur le marché.
- Des acteurs majeurs comme Neuberger Berman et PGGM soutiennent la prudence réglementaire, pointant les risques de liquidité et de pertes massives.
L’alerte réglementaire européenne secoue le marché des cat bonds
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a adressé un signal fort à la Commission européenne concernant la légitimité des catastrophe bonds (cat bonds) dans les portefeuilles UCITS, ces fonds réputés sûrs et destinés à un large public d’investisseurs particuliers, alors qu’elle avait déjà mis en garde contre les actions tokenisées.
L’institution estime que ces instruments, liés à des événements naturels extrêmes, présentent un niveau de risque inapproprié pour les épargnants non professionnels. À ce jour, environ 17,5 milliards de dollars de ces titres sont exposés à une éventuelle requalification réglementaire, soit près d’un tiers d’un marché mondial estimé à 56 milliards de dollars. Cette demande survient alors que la saison des ouragans est déjà en cours aux États-Unis, période pendant laquelle ces obligations peuvent être déclenchées.
L’ESMA invoque des raisons techniques et structurelles pour justifier son avertissement. Les cat bonds requièrent une compréhension approfondie de la modélisation des catastrophes, de la physique climatique et des mécanismes de transfert de risque entre assureurs et marchés financiers. Voici quelques éléments importants :
- Une complexité élevée : les modèles utilisés pour structurer et évaluer ces titres nécessitent une expertise en science des données, assurance et climatologie ;
- Le risque de pertes brutales : en cas de déclenchement (séisme, cyclone…), l’investisseur peut perdre tout ou partie de son capital ;
- L’inadéquation au grand public : selon l’ESMA, ces produits n’ont pas leur place dans des fonds destinés à des investisseurs particuliers non avertis ;
- Une menace de vente forcée : si la Commission suit l’avis du régulateur, les gestionnaires devront rapidement sortir ces actifs de leurs portefeuilles UCITS, potentiellement dans des conditions de marché défavorables.
Un désengagement précipité pourrait déstabiliser le marché secondaire des cat bonds, dont la liquidité est encore peu éprouvée.
Une industrie divisée entre prudence et défense des performances
L’avertissement lancé par l’ESMA ne fait pas consensus au sein de l’industrie. Certaines grandes institutions, comme Neuberger Berman ou le néerlandais PGGM, abondent dans le sens du régulateur.
Pour Peter DiFiore, directeur général chez Neuberger Berman, croire que ces produits sont liquides est une illusion dangereuse. « Nous n’avons pas encore vu de vrai événement de liquidité sur ce marché », a-t-il déclaré, soulignant que son fonds, qui gère 1,3 milliard de dollars en cat bonds, n’en détient aucun dans des véhicules UCITS.
Chez PGGM, Eveline Takken-Somers pointe également les risques systémiques : « un séisme à San Francisco pourrait faire fondre 30 à 40 % d’un portefeuille en une seule fois. Si vous n’êtes pas conscient de cela, vous pourriez le regretter ».
À l’opposé, certains gestionnaires plaident pour le maintien des cat bonds dans les portefeuilles accessibles au public via les UCITS, arguant de leurs performances exceptionnelles. Daniel Grieger, CIO chez Plenum Investments, défend vigoureusement cette classe d’actifs : « les cat bonds ont offert de solides rendements pendant la pandémie de la Covid, le choc des taux et même lors des perturbations causées par les tarifs douaniers de Trump ».
Pour lui, l’ESMA regarde dans la mauvaise direction et sa position va à l’encontre des ambitions de l’Union européenne pour l’épargne et l’investissement (SIU), qui vise à élargir les options financières pour les petits épargnants.
Alors que certains produits traditionnels comme les catastrophe bonds sont remis en cause pour leur opacité, le bitcoin, bien qu’encore critiqué, bénéficie d’une transparence totale grâce à sa blockchain publique.
À l’échelle du marché, une décision défavorable pourrait entraîner des ventes massives, réduisant la liquidité et affectant les conditions de financement des réassureurs. Le risque est aussi de voir certains gestionnaires sortir purement et simplement de cette classe d’actifs, entraînant une contraction de l’offre.
Pour l’heure, la Commission européenne n’a pas tranché. Une période de consultation est attendue, durant laquelle les arguments techniques et politiques seront examinés. L’issue de ce débat pourrait redéfinir les contours de l’investissement dans l’Union européenne et poser les bases d’une nouvelle architecture réglementaire pour les produits dits alternatifs, comme en témoigne la surveillance renforcée des entreprises crypto sur le Vieux continent.
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