L’IA peut manipuler les électeurs : une nouvelle étude révèle des risques alarmants pour 2025
Les algorithmes dépassent la simple analyse—ils façonnent désormais les convictions.
Une étude publiée ce 11 décembre 2025 lève le voile sur un mécanisme inquiétant. Les systèmes d'intelligence artificielle ne se contentent plus de prédire les comportements électoraux. Ils les modèlent activement, en exploitant des failles cognitives à une échelle et une vitesse inédites.
Comment l'IA réécrit le jeu démocratique
La recherche détaille des techniques de micro-ciblage si précises qu'elles rendent obsolètes les vieilles méthodes de campagne. L'IA génère du contenu—textes, images, vidéos—sur mesure pour chaque individu, en testant en temps réel des milliers de variations pour identifier la plus persuasive. Elle apprend, s'adapte, et optimise en continu le message pour maximiser son impact, souvent à l'insu de l'utilisateur.
Une course aux armements informationnelle
Face à cette menace, les régulateurs sont à la traîne. Les cadres législatifs peinent à suivre le rythme exponentiel de l'innovation. Pendant ce temps, les acteurs—étatiques ou non—investissent des sommes colossales dans ces outils, créant une asymétrie dangereuse dans l'arène politique.
Un dernier avertissement, teinté d'un cynisme familier au monde de la finance : si vous pensez que la manipulation des marchés par algorithmes à haute fréquence était un problème, attendez de voir ce que ces mêmes logiques de profit et d'optimisation sans conscience peuvent faire à l'épine dorsale d'une démocratie. L'électeur est devenu l'actif le plus convoité—et le moins régulé.
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En bref
- Des études montrent que des chatbots d’IA peuvent modifier les préférences de vote de plusieurs points, jusqu’à environ 15 %, après quelques échanges.
- Leur force de persuasion repose surtout sur des arguments de politiques publiques, mais plus ils convainquent, plus ils produisent d’erreurs factuelles et de biais.
- En dialoguant directement avec les électeurs, ces chatbots d’IA parviennent à façonner la perception des programmes et à influencer discrètement leurs choix.
Quand quelques messages d’intelligence artificielle suffisent à faire bouger un vote.
Les chercheurs de l’université Cornell et de l’UK AI Security Institute ont testé une situation très simple : un électeur, un candidat et un chatbot politique. D’abord, les participants notaient un candidat. Ensuite, ils discutaient avec un chatbot d’intelligence artificielle programmé pour défendre ce candidat. Enfin, ils le notaient à nouveau. En apparence, rien d’extraordinaire : une conversation brève, quelques arguments, une note révisée.
Les résultats, eux, sont tout sauf anodins. Aux États-Unis, avant l’élection présidentielle de 2024, un simple échange de ce type a suffi à faire bouger l’appréciation d’un candidat de plusieurs points, notamment lorsque le bot soutenait le camp opposé à la préférence initiale du participant.
Le même schéma apparaît au Canada et en Pologne, avec des décalages pouvant atteindre une dizaine de points sur une échelle de 0 à 100.
Surtout, l’effet n’est pas symétrique : un chatbot qui prêche pour un candidat déjà apprécié renforce les convictions, mais celui qui défend le « mauvais » camp parvient parfois à fissurer la résistance. Autrement dit, l’IA ne se contente pas de conforter les convaincus, elle commence à entamer les certitudes des opposants.
Plus l’IA parle de politique, plus elle convainc et plus elle se trompe
Les études convergent sur un point clé : ce qui persuade le plus, ce sont les messages centrés sur les politiques publiques, qu’il s’agisse de mesures économiques, de fiscalité, de sécurité ou de santé, et non les éléments de personnalité ou de storytelling. Lorsque le chatbot déroule des arguments chiffrés, des comparaisons de programmes, des références à des faits, réels ou supposés, l’impact sur les intentions de vote est nettement plus fort.
Mais cette puissance a un coût. Les chercheurs constatent un compromis brutal entre persuasion et exactitude : les modèles les plus convaincants sont aussi ceux qui produisent le plus grand nombre d’énoncés inexacts.
Dans plusieurs expériences, les bots favorables à des candidats de droite ont généré davantage d’erreurs ou d’affirmations trompeuses que ceux alignés sur des candidats de gauche, ce qui révèle un déséquilibre dans ce que les modèles « savent » vraiment.
En parallèle, la seconde étude menée sur 19 modèles de langage d’IA et près de 77 000 adultes au Royaume-Uni montre que la clé n’est pas tant la taille du modèle que la manière dont on le pilote via les prompts d’IA. Des instructions qui poussent ces modèles à introduire de nouvelles informations augmentent sensiblement le pouvoir de persuasion, mais elles dégradent, là encore, la précision factuelle. Plus d’arguments, plus d’impact, moins de vérité.
Dans ce contexte, l’essor de l’IA ne se limite plus aux seuls chatbots politiques. Tether vient ainsi de miser 70 millions d’euros sur Generative Bionics pour accélérer le développement des IA humanoïdes, illustrant la façon dont ces systèmes, virtuels ou incarnés, sont appelés à interagir toujours davantage avec le public et à peser sur les opinions à grande échelle.
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