L’Europe peut-elle rattraper les États-Unis dans la course aux stablecoins ? La CEO de Bitget nous répond
La course aux stablecoins s'intensifie, et l'Europe regarde les États-Unis prendre une longueur d'avance. Alors que les géants américains dominent le marché, une question brûle les lèvres : le Vieux Continent a-t-il encore une chance ?
Le fossé réglementaire, un frein majeur
L'Europe traîne les pieds avec MiCA, pendant que les États-Unis avancent, cahin-caha, mais avancent. Cette divergence crée un terrain de jeu inégal. Les projets fuient-ils une bureaucratie étouffante pour des cieux plus cléments ? La réponse semble couler de source.
L'innovation, levier caché de l'Europe ?
Ne sous-estimez pas la capacité du continent à innover dans les contraintes. L'approche « par la règle » pourrait, à terme, forger des stablecoins plus robustes et dignes de confiance – un argument qui sonne comme un vœu pieux face à la domination écrasante du dollar numérique.
Un jeu d'équilibre risqué
Trop de régulation tue l'innovation, trop peu invite au désastre. L'Europe cherche désespérément ce point d'équilibre, marchant sur une corde raide entre la protection des investisseurs et la peur de rater, une fois de plus, le train de la révolution financière. Les régulateurs jouent aux apprentis sorciers avec l'économie réelle.
La fin de partie se joue maintenant. Soit l'Europe parvient à harmoniser célérité et sécurité, soit elle se condamne à un rôle de suiveur dans la finance de demain. Le temps des discours est révolu, celui des actes a commencé. Après tout, en finance, suivre les règles à la lettre est souvent le meilleur moyen… de finir dernier.
L’Europe et les États-Unis : deux modèles concurrents
Comment évaluez-vous la position de l’Europe face aux États-Unis et à l’Asie ?
L’Europe est ancrée dans MiCA, qui offre un cadre juridique unifié mais impose une charge de conformité élevée. Les émetteurs doivent donc maintenir des réserves complètes, détenir un capital conséquent et obtenir une licence EMI. Ceci protège les utilisateurs mais élève les barrières à l’entrée et ralentit la croissance.
En revanche, le GENIUS Act aux États-Unis adopte une approche plus légère, axée sur l’innovation. Cela a permis à des émetteurs privés comme Circle et Tether de se développer rapidement, en intégrant les USDC et usdt aux réseaux Visa et Mastercard.
L’Asie, en parallèle, reste focalisée sur les CBDC, les stablecoins privés jouant encore un rôle limité.
Le cadre MiCA suffit-il à stimuler l’innovation ?
MiCA favorise-t-il l’innovation ou l’Europe a-t-elle besoin de plus de flexibilité ?
MiCA est une base solide, mais l’Europe a besoin de trois ajustements : une autorisation plus rapide pour les CASP et les émetteurs, un soutien renforcé pour les modèles de réserve multi-banques comme l’EURAU, et une mise en œuvre harmonisée dans tous les États membres.
Sans cela, l’Europe risque la fragmentation réglementaire et une adoption plus lente.
EURAU et souveraineté européenne
Que signifie le lancement de l’EURAU pour l’Europe ?
L’EURAU constitue une étape déterminante. En tant que premier actif crypto adossé à l’euro régulé par la BaFin en Allemagne, il offre une alternative conforme aux stablecoins en USD et renforce la souveraineté monétaire de l’Europe. La clarté réglementaire, ajoute-t-elle, est le déclencheur de l’adoption institutionnelle et des cas d’utilisation des paiements transfrontaliers.
Ce que l’Europe doit faire pour rester compétitive
Quelles sont les étapes les plus urgentes pour l’UE ?
L’Europe doit passer de la clarté politique à la préparation opérationnelle. La priorité est d’accélérer les stablecoins euro compatibles avec MiCA intégrés de manière native à SEPA Instant ou TIPS, ce afin de permettre des rampes rapides et peu coûteuses.
L’Europe a également besoin de normes de Niveau 2, de passeports à l’échelle de l’UE, et de règles explicites pour les produits générateurs de rendement tels que les T-bills tokenisés — un domaine où l’UE peut se différencier des États-Unis.
L’infrastructure compte également. L’Europe a donc besoin de rampes fiat unifiées, de programmes d’acceptation pour les commerçants, de rails d’interopérabilité et d’un manuel de supervision commun.P
Par ailleurs, un bac à sable dédié aux stablecoins et des kits d’outils pour les développeurs pourraient attirer de nouveaux émetteurs et combler l’écart d’innovation.
Établir la confiance : conformité et technologie
Qu’est-ce qui inspire confiance dans les stablecoins européens ?
La transparence et les réserves auditées. Les exigences de rapports trimestriels de MiCA aident à prévenir l’opacité qui a conduit à l’effondrement de TerraUSD.
L’intégration AML/KYC obligatoire et les smart contracts sécurisés et audités offrent des garanties supplémentaires aux institutions et aux utilisateurs particuliers.
L’Europe deviendra-t-elle un acteur majeur des stablecoins ?
L’Europe peut-elle concurrencer les Etats-Unis dans les 3 à 5 prochaines années ?
L’Europe peut devenir un acteur respectable, mais il est peu probable qu’elle dépasse les États-Unis, qui contrôlent déjà presque l’ensemble du marché par le biais d’écosystèmes privés matures. L’avantage de l’Europe réside dans sa clarté réglementaire, mais elle doit accélérer l’innovation pour transformer ce cadre en adoption réelle.
Régulation vs innovation
L’Europe dispose de ce que qui manque à d’autres régions : un cadre réglementaire complet et unifié. Cependant, des règles seules ne suffiront pas à combler un écart de marché de 99 %.
Comme le prévient Gracy Chen, l’UE doit donc combiner MiCA avec rapidité, infrastructure et incitations. Reste à savoir si cela suffira pour défier la domination américaine — et nous pourrions le savoir assez rapidement.