La Cour des comptes française sonne l’alarme sur la santé financière préoccupante d’EDF
Le géant énergétique français vacille sous le poids des dettes tandis que les comptables publics tirent la sonnette d'alarme.
Une tempête parfaite de défis
Hausse des coûts du nucléaire, transition énergétique chaotique et obligations de service public - EDF navigue en eaux troubles. Les auditeurs pointent du doigt une structure financière qui menace de craquer.
Le paradoxe français
Comment un monopole historique peut-il frôler la rupture ? Entre tarifs régulés et investissements colossaux, le modèle montre ses limites. Les experts s'interrogent sur la pérennité d'un système qui semble dépassé par les réalités du marché.
L'État actionnaire dans l'impasse
Paris doit jongler entre soutien public et règles européennes. Une équation impossible qui laisse peu de marge de manœuvre. Les créanciers commencent à montrer des signes d'impatience.
Réveil difficile pour un géant endormi
EDF doit se réinventer ou risquer l'obsolescence. La transition verte exige des investissements que les finances actuelles ne peuvent supporter. Un avertissement qui résonne comme un ultimatum.
Comme souvent dans l'hexagone, on préfère regarder le train passer plutôt que de sauter dedans - jusqu'à ce que les rails menacent de disparaître.
La Cour des comptes en France s'inquiète des perspectives financières de l'énergéticien public EDF, appelant à "une répartition claire de l'effort financier" entre Etat, EDF et clients, dans un rapport adressé à la commission des finances de l'Assemblée nationale et consulté mardi par l'AFP.
Dans ce rapport, d'abord révélé par le média Contexte mardi, l'institution chargée de contrôler le bon usage des deniers publics observe qu'EDF est "confronté à d'importantes incertitudes sur sa capacité de financement à long terme", alors qu'il fait face à des besoins d'investissement atteignant 460 milliards d'euros entre 2025 et 2040.
Dans ce contexte, "le modèle de financement d'EDF devrait, pour préserver une trajectoire financière soutenable pour le groupe, être défini à partir d'une répartition claire de l'effort financier entre l'État, désormais actionnaire unique, EDF et les clients finaux", estiment les magistrats.
Dans le détail, EDF prévoit d'allouer 90 milliards d'euros à la maintenance et la prolongation du parc nucléaire existant, 115 milliards d'euros pour la construction de 14 EPR 2 (dont 75 pour les six premiers), 15 milliards d'euros pour le parc hydraulique ou encore plus de 100 milliards d'euros sur le réseau d'Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d'électricité.
Dans le même temps, la rentabilité d'EDF va être davantage exposée "aux aléas d'évolution des prix de marché de l'électricité", avec la fin du système régulé dit Arenh, prévue fin 2025. EDF entend remplacer ce système par des contrats de moyen et long terme avec les fournisseurs d'électricité et les entreprises, dont les industriels très énergivores.
La Cour des comptes note par ailleurs que la capacité d'EDF à investir va être conditionnée "par les performances opérationnelles du parc nucléaire et la réussite de la prolongation de sa durée de vie".
L'instance préconise alors de "fixer, préalablement à la décision finale d'investissement du programme des EPR2, les modalités de partage des risques entre l'État et EDF". Le devis final d'EDF sur son programme EPR2 doit être connu à la fin de l'année.
La Cour des comptes appelle également à préciser la politique de dividendes qui sera appliquée à EDF et préconise au groupe de "procéder à une revue stratégique des investissements, participations et filiales".
Des cessions, totales ou partielles, de participations et filiales constitueraient "un levier de financement du programme d'investissements du groupe" notamment "dans des scénarios de prix les plus défavorables", argumentent les magistrats de la Cour des comptes.
Depuis son arrivée début mai, le PDG d'EDF Bernard Fontana a déclaré vouloir donner la priorité aux investissements et actifs (nucléaires, renouvelables, etc.) en France alors que le groupe doit répondre à un vaste programme de relance du nucléaire voulu par l'Etat français.
Lors d'une audition le 30 avril 2025 devant les députés français, il avait notamment déclaré: "Pour que l'équation tienne, il faudra, selon moi, donner la priorité aux investissements en France et être attentif à la rentabilité et au partage des risques pour les engagements à l'international".
"Des cessions pourraient être envisagées, alors qu'EDF s'engage dans un programme historique d'investissements", avait-il encore indiqué.
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