BRICS à Rio : Un sommet sous le signe de la désillusion ?
Le sommet des BRICS à Rio s'annonce comme un rendez-vous clé pour les économies émergentes. Pourtant, les attentes pourraient bien virer à la désillusion.
Malgré les promesses de coopération renforcée, les divisions internes et les réalités économiques risquent de l'emporter. Un coup dur pour ceux qui croyaient en un front uni face au G7.
Entre crypto-monnaies et guerre des monnaies, les BRICS ont-ils encore les moyens de peser ? Ou ne sont-ils qu'un club de pays en quête de légitimité ?
À Rio, la finance mondiale regarde – et sourit derrière ses spreadsheets.
En bref
- Le sommet des BRICS 2025 se tient à Rio dans un contexte géopolitique tendu et marqué par le retour de Donald Trump.
- L’absence de Xi Jinping et la participation virtuelle de Vladimir Poutine affaiblissent la portée politique de l’événement.
- Malgré quelques prises de position conjointes, comme la condamnation des frappes en Iran, l’unité du bloc apparaît fragile et incohérente.
- Le sommet de Rio, loin d’incarner un tournant, reflète surtout un bloc fragmenté et affaibli, aux ambitions freinées par ses divisions internes.
Un sommet sous tension : divisions internes et symboles d’unité fissurée
L’un des faits les plus marquants du sommet des BRICS de cette année est l’absence du président chinois Xi Jinping, remplacé pour la première fois par son Premier ministre, Li Qiang. Une absence symboliquement lourde dans un contexte déjà délicat, alors que le groupe cherche à renforcer son influence face à la résurgence de Donald trump sur la scène internationale.
Côté russe, le président Vladimir Poutine n’assistera pas non plus aux discussions en présentiel, se contentant d’une apparition en visioconférence. C’est le ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, qui assurera la représentation sur place.
Ces absences notables pèsent lourd sur la dynamique du sommet, qui vise à projeter l’image d’un front uni des économies émergentes contre le leadership occidental incarné par les États-Unis.
Plusieurs signes montrent que le bloc des BRICS traversent une phase de désalignement stratégique. Certains épisodes récents ont clairement renseigné sur les tensions internes du groupe :
- En avril dernier, les ministres des Affaires étrangères de l’alliance n’ont pas réussi à s’entendre sur un communiqué commun, principalement à cause de divergences sur la formulation d’un soutien à des sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU pour le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ;
- Par contraste, quelques semaines plus tard, les mêmes pays ont signé une déclaration commune dénonçant les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, qualifiées par les BRICS de « violations du droit international », ce qui a montré une capacité de coordination ponctuelle, mais limitée à certains sujets ;
- L’absence de communication claire sur les objectifs économiques à long terme du groupe alimente le scepticisme quant à sa cohésion réelle.
Ces éléments fragilisent la crédibilité du bloc des BRICS, notamment face aux grandes puissances occidentales. Le manque d’alignement stratégique entre la Chine, l’Inde et le Brésil sur des questions clés comme la réforme des institutions internationales remet en cause leur capacité à offrir une alternative crédible au modèle de gouvernance global existant. Le sommet de Rio, censé marquer une étape de consolidation, risque ainsi de renforcer l’image d’un bloc fragmenté, plus réactif que visionnaire.
L’unité politique introuvable compromet les ambitions monétaires des BRICS
Si le sommet de Rio révèle les fractures diplomatiques du groupe, il éclaire aussi sur un autre chantier à l’arrêt : celui d’une nouvelle architecture monétaire. L’un des projets les plus attendus, une éventuelle monnaie commune ou un système de règlement transfrontalier indépendant du dollar, semble aujourd’hui au point mort.
L’absence conjointe de Xi Jinping et de Vladimir Poutine, deux des principaux architectes de cette vision financière alternative, réduit considérablement les perspectives d’annonces ambitieuses. Aucun projet concret n’a été avancé à ce stade du sommet.
Contrairement aux attentes formulées en amont par certains observateurs, aucune déclaration officielle n’a évoqué de calendrier, de modèle ou de coalition autour d’une crypto des BRICS ou d’un système monétaire décentralisé.
Le choix de ne pas inclure ces sujets dans l’agenda principal du sommet, combiné à l’absence de leadership proactif sur ce dossier, laisse penser que les désaccords internes freinent toute avancée significative. Ce silence contraste avec les positions affichées dans le passé par certains dirigeants, notamment la Russie et la Chine, qui avaient plaidé pour un « système de paiement indépendant » capable de réduire la dépendance au dollar et aux réseaux SWIFT.
Cette inertie a des conséquences profondes. Pour les acteurs de l’écosystème crypto, notamment dans les pays du Sud global, une initiative des BRICS autour d’une plateforme d’investissement et d’un système de paiement basé sur la blockchain aurait pu représenter une alternative majeure aux infrastructures monétaires occidentales. En l’état, l’absence de vision commune compromet cette ambition. Pire encore, elle envoie un message de désorganisation qui pourrait retarder, voire dissuader, toute tentative de coordination monétaire future. Le sommet de Rio, au lieu d’incarner le virage stratégique tant attendu, pourrait finalement symboliser l’essoufflement d’un projet de réforme monétaire multilatérale porté par les économies émergentes.
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