Tether contre-attaque : le stablecoin leader accuse le S&P de semer le doute sans fondement
Tether monte au créneau. Le géant des stablecoins riposte vertement aux récentes mises en garde de l'agence de notation S&P Global, qualifiant l'analyse de « trompeuse » et dépourvue de substance.
Une défense agressive
Pas de langue de bois dans la réponse officielle. Tether rejette catégoriquement les critiques concernant la transparence de ses réserves et la solidité de ses contreparties. L'entreprise souligne ses audits réguliers et sa conformité aux réglementations, un argument qu'elle brandit face à ce qu'elle perçoit comme une méconnaissance des mécanismes du marché crypto.
Le poids des mots dans la finance décentralisée
L'épisode souligne la tension permanente entre l'écosystème crypto traditionnel et les gardiens de la finance établie. Un mauvais rating peut influencer la perception des institutions, même si, pour les utilisateurs quotidiens de l'USDT, la priorité reste la stabilité de la parité avec le dollar. Une divergence classique entre la théorie des agences et la pratique sur les chaînes.
Au final, cette passe d'armes ressemble moins à une alerte sur la solidité de Tether qu'à un rappel : dans la finance, qu'elle soit traditionnelle ou décentralisée, les notations sont aussi une affaire de communication et de pouvoir. Après tout, donner une note à quelque chose qui fonctionne 24h/24 sans faillir depuis des années, cela demande une certaine audace – ou une confiance aveugle dans des modèles conçus pour un monde qui ferme le week-end.
En bref
- Le 29 novembre, l’agence S&P Global dégrade la capacité du stablecoin USDT à maintenir son ancrage au dollar.
- Tether, par la voix de son PDG Paolo Ardoino, dénonce une analyse incomplète et défend la solidité de ses réserves.
- Ardoino évoque 7 milliards $ de fonds propres excédentaires et 500 millions $ de bénéfices mensuels issus des Treasuries.
- Ce débat relance les questions sur la transparence, la résilience des stablecoins et la dépendance du marché crypto à l’USDT.
Le S&P dégrade l’USDT, Tether riposte avec ses chiffres
Le 29 novembre dernier, le S&P Global Ratings a abaissé la note de fiabilité de l’USDT, stablecoin émis par Tether, à son niveau le plus bas.
L’agence justifie cette décision par l’exposition de Tether à des actifs considérés comme trop volatils, notamment le bitcoin et l’or, pour garantir une stabilité absolue vis-à-vis du dollar. Cette notation a immédiatement ravivé une vague de critiques et de doutes sur la solidité du modèle Tether, déjà scruté de près par les autorités et les acteurs du marché.
La réponse du PDG de Tether, Paolo Ardoino, a été rapide et virulente. Il rejette fermement les conclusions du S&P, affirmant que l’analyse de l’agence omet des éléments essentiels.
« Le S&P a commis la même erreur en ne tenant pas compte des fonds propres supplémentaires du groupe, ni des quelque 500 millions de dollars de profits mensuels générés uniquement par les rendements des bons du Trésor américain », a-t-il déclaré.
Il estime que la notation repose sur une vision incomplète des comptes consolidés du groupe Tether. Voici les principaux chiffres avancés par Paolo Ardoino, basés sur le rapport d’attestation du troisième trimestre de cette année :
- Les actifs totaux du groupe Tether : environ 215 milliards de dollars ;
- Les passifs liés aux stablecoins : environ 184,5 milliards de dollars ;
- Les fonds propres excédentaires : environ 7 milliards de dollars ;
- Les bénéfices non distribués intégrés aux fonds propres : environ 23 milliards de dollars ;
- Les profits mensuels récurrents liés aux bons du Trésor américain : environ 500 millions de dollars.
Selon Ardoino, ces chiffres montrent que Tether est largement surcollatéralisé, et que la méthodologie utilisée par le S&P ne reflète pas fidèlement la réalité financière consolidée du groupe, notamment ses revenus internes et sa structure opérationnelle.
Les analystes divisés : faut-il s’inquiéter de la stratégie de Tether ?
Au-delà de la querelle entre Tether et S&P, cette situation a réveillé un débat stratégique parmi les analystes du secteur sur les choix d’investissement de l’émetteur du stablecoin.
Arthur Hayes, fondateur de la plateforme BitMEX, a exprimé des inquiétudes sur les réserves en or et en Bitcoin détenues par Tether. Selon lui, ces actifs volatils pourraient poser un risque en cas de retournement de marché.
« Une baisse d’environ 30 % de la position en or et en btc effacerait leurs fonds propres, rendant alors l’USDT, en théorie, insolvable », a-t-il averti. Hayes suppose que l’achat de ces actifs sert à compenser une baisse anticipée des revenus liés aux bons du Trésor, en prévision d’un assouplissement monétaire par la Réserve fédérale américaine.
Toutefois, cette lecture est loin de faire l’unanimité. Joseph Ayoub, ancien analyste principal en crypto chez Citi, a rejeté les projections de Hayes. Il affirme avoir passé « des centaines d’heures à analyser Tether » lorsqu’il travaillait chez Citi, et défend une position bien différente.
Pour lui, Tether dispose d’actifs au-delà de ce qu’il déclare publiquement, opère une activité extrêmement rentable grâce aux intérêts sur les bons du Trésor, tout en fonctionnant avec une structure légère de seulement 150 employés. Il va jusqu’à affirmer que Tether est « mieux collatéralisé que les banques traditionnelles », et que ses critiques sous-estiment largement la solidité du modèle.
Tether vise une valorisation de 500 milliards de dollars. Cependant, la controverse avec le S&P souligne les tensions entre ambition et transparence. Entre défiance institutionnelle et croissance fulgurante, l’avenir du stablecoin dépendra autant de sa solidité financière que de sa capacité à convaincre au-delà de sa cible d’adoption.
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