Les législateurs européens redoutent un "ordre d’arrêt" américain sur leurs infrastructures numériques
ses services cloud sont majoritairement contrôlés par des géants américains, désormais sous l'influence directe de l'administration Trump. Cet article explore les risques géopolitiques, les réactions des acteurs tech et les solutions envisagées pour une souveraineté numérique européenne.
Pourquoi l'Europe craint-elle un "kill switch" américain ?
L'infrastructure numérique européenne repose à plus de deux tiers sur les serveurs d'Amazon, Microsoft et Google. Ces plateformes hébergent des données sensibles allant des communications gouvernementales aux transactions cryptographiques. L'élection de Donald Trump a ravivé les craintes d'une instrumentalisation politique, après que Microsoft a coupé l'accès email du procureur de la Cour pénale internationale en application de sanctions américaines.
Quels sont les risques concrets identifiés ?
Matthias Ecke, député européen allemand, alerte sur la possibilité de saisies de données ou de blocages d'infrastructures sans préavis. Alexander Windbichler, PDG d'Anexia, compare la situation à "un robinet d'eau qu'on pourrait fermer". Les entreprises européennes admettent avoir négligé cette vulnérabilité stratégique au profit de considérations techniques.
Comment les géants du cloud réagissent-ils ?
Microsoft a introduit des clauses contractuelles pour résister aux ordres d'arrêt, tout en jugeant ce scénario "extrêmement improbable". Amazon promet de "tout faire" pour maintenir ses services. Brad Smith de Microsoft reconnaît cependant que la préoccupation est réelle parmi les Européens.
Quelles solutions l'UE envisage-t-elle ?
Bruxelles travaille sur un label de certification anti-ingérence étrangère, mais le projet est bloqué par des divergences entre États membres. La France pousse pour une protection contre le Cloud Act américain, tandis que les Pays-Bas hésitent à se couper des fournisseurs US.
Le projet EuroStack peut-il changer la donne ?
Ce plan de 300 milliards d'euros vise à créer une infrastructure numérique entièrement européenne, des serveurs physiques aux logiciels. Soutenu par des économistes et industriels, il repose sur trois piliers : "Acheter européen", "Vendre européen" et "Financer européen". Jörg Kukies, ex-ministre allemand, souligne cependant l'absence d'alternatives immédiates.
FAQ sur la crise du cloud européen
Quels services cloud dominent en Europe ?
Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud contrôlent ensemble plus des deux tiers du marché européen du cloud computing.
Un précédent existe-t-il ?
Oui, en mai 2024, le procureur de la CPI Karim Khan s'est vu couper l'accès à son email Microsoft suite à des sanctions américaines contre des mandats d'arrêt visant le Premier ministre israélien.
Les entreprises américaines peuvent-elles résister aux ordres de Washington ?
Microsoft et Amazon affirment vouloir contester juridiquement de tels ordres, mais des experts comme Cristina Caffarra doutent de leur capacité réelle à s'opposer au gouvernement US.
Quelle est la position française ?
La France milite activement pour des protections contre le Cloud Act américain et soutient le développement d'alternatives européennes comme OVHcloud.
Quand EuroStack pourrait-il être opérationnel ?
Aucun calendrier précis n'existe actuellement, le projet étant encore au stade de la conception et nécessitant des financements massifs.