Bitcoin face à la menace quantique : une échéance critique d’ici 2-3 ans
L'épée de Damoclès quantique plane sur Bitcoin. Selon des experts, les ordinateurs quantiques pourraient cracker la cryptographie du réseau bien plus tôt que prévu.
La course contre la montre est lancée. Les développeurs devront trouver des solutions avant que les géants tech ou les gouvernements ne mettent la main sur cette technologie disruptive.
Ironie du sort : cette menace existentielle survient alors que Wall Street commence enfin à prendre les crypto au sérieux. Comme toujours, l'argent arrive au pire moment.
La course mondiale au quantique s’accélère
Le secteur quantique progresse à un rythme stupéfiant. Les gouvernements et les entreprises privées investissent de plus en plus des sommes colossales afin d’accélérer la prochaine grande percée technologique.
Ce jeudi 26 juin, le gouvernement sud-coréen a révélé son plan d’investir environ 650 milliards de wons, soit plus de 480 millions de dollars, au cours des huit prochaines années. Ce financement vise à renforcer les capacités technologiques quantiques du pays, parmi lesquels les ordinateurs haute performance.
Trois jours plus tôt, le Royaume-Uni a annoncé qu’il engagerait plus de 921 millions de dollars pour accélérer l’application de la technologie quantique dans divers secteurs, de l’énergie à la santé.
The UK government is committing over £500 million to quantum computing, a strategic investment aimed at enhancing national security and economic resilience.
This funding bolsters previous initiatives, including the establishment of regional research hubs and the National…
Ces investissements reflètent un phénomène mondial. Un rapport du premier trimestre 2025 par The Quantum Insider a révélé une augmentation remarquable de 125 % des investissements dans la technologie quantique par rapport à l’année précédente, dépassant 1,25 milliard de dollars.
En parallèle, la technologie elle-même devient également de plus en plus sophistiquée.
La menace quantique pour le cryptage moderne
Le chiffrement actuel, comme RSA, repose sur des problèmes mathématiques insolubles pour les superordinateurs classiques. En effet, RSA-2048, une norme de 2048 bits sécurisant une grande partie des données en ligne, tire sa force de l’impossibilité quasi totale de factoriser ses énormes nombres premiers.
Les qubits, cependant, permettent aux algorithmes quantiques comme l’algorithme de Shor de factoriser de grands nombres efficacement, résolvant ces problèmes “difficiles” de manière exponentiellement plus rapide.
En mai 2025, Google Quantum AI a estimé que RSA-2048 pourrait être brisé en moins d’une semaine avec moins d’un million de qubits, accélérant considérablement son calendrier de menace.
Quantum Computers Could Break RSA Much Sooner Than Expected
Craig Gidney of Google Quantum AI in Santa Barbara, USA argues that a quantum computer with under one million noisy (not fully error-corrected) qubits could factor a 2048-bit RSA key in roughly a week. This is a… pic.twitter.com/1pe6Bm3YTg
Alors, à quelle distance sommes-nous de voir un ordinateur quantique briser un chiffrement RSA-2048 ?
Avancées clés alimentent l’alarme quantique
L’année dernière, un groupe de chercheurs chinois dirigé par Wang Chao de l’Université de Shanghai a montré une avancée significative en cryptanalyse quantique. L’équipe a en effet utilisé un type spécial d’ordinateur connu sous le nom de recuit quantique D-Wave pour factoriser une clé RSA de 22 bits.
Cette percée a notablement dépassé la limite précédente de 19 bits, démontrant l’évolutivité des systèmes de recuit quantique au-delà des limites connues précédemment, alors que les méthodes cryptanalytiques ne cessent de s’améliorer.
Carvalho a souligné l’urgence de ces avancées à BeInCrypto :
« Ce chiffrement en lui-même n’est pas le plus sécurisé, mais ce qui est terrifiant, c’est la vitesse à laquelle ils sont passés d’un chiffrement de 19 bits à 22 bits. Il est clair qu’il ne s’ait plus que d’une question de temps avant que les ordinateurs quantiques soient capables de briser des algorithmes hautement sécurisés, et ce temps passe rapidement. C’est faire preuve de complaisance que de supposer qu’il nous reste même cinq ans avant que le chiffrement RSA puisse être brisé ; il s’agit plutôt de 24 à 36 mois », a déclaré David Carvalho, PDG de Naoris Protocol.
Il n’est d’ailleurs pas le seul à souligner l’imminence de la menace du quantique sur la crypto.
Les dirigeants appellent à la préparation du secteur
Michele Mosca, expert de l’Université de Waterloo, a précédemment annoncé que la cryptographie à clé publique fondamentale a une chance sur sept d’être brisée d’ici 2026. Les grandes entreprises technologiques et bancaires, notamment IBM, Microsoft et SWIFT, conseillent désormais aux organisations de planifier urgemment leur transition vers la cryptographie post-quantique.
« Chaque jour de retard, les cybercriminels se rapprochent de pirater tous les systèmes importants, et une fois piratés, ce qui est perdu ne pourra jamais être récupéré. Cela devient maintenant bien trop proche pour être confortable », a souligné Carvalho.
Pourtant, à quel point cette menace s’avère-t-elle immédiate en termes pratiques ? Que faut-il réellement pour briser le chiffrement ?
Savoir distinguer le battage médiatique de la réalité
Bien que des avancées telles que la factorisation d’une clé RSA de 22 bits constituent certainement des progrès significatifs, elles doivent également être mises en perspective.
Une clé de 22 bits, bien qu’elle constitue une augmentation par rapport à 19 bits, diffère considérablement de la rupture de RSA-2048. Le saut n’est pas linéaire ; il s’agit d’une augmentation exponentielle de la complexité qui exige beaucoup plus de qubits et une correction d’erreur considérablement améliorée.
Ainsi, pouvoir briser RSA-2048 dans un délai pratique nécessite un ordinateur quantique pertinent pour la cryptographie (CRQC).
Une telle machine, capable d’exécuter l’algorithme de Shor avec une tolérance aux fautes suffisante et une opération soutenue sur plusieurs jours, demeure un obstacle monumental. De nombreux experts projettent son arrivée à la fin des années 2030 voire plus tard encore.
Néanmoins, le rythme accéléré des avancées quantiques exige bien une planification proactive immédiate pour protéger la sécurité future de Bitcoin contre un Q Day inévitable, quoiqu’encore flou.